Voici des contes extraits de Femmes qui courent qui les loups  , Histoires et mythes de l'archétype de la femme sauvage de Clarissa Pinkola Esté

Chapitre 3 Découvrir les faits au flair: le rétablissement de l'intuition en tant qu'initiation : La poupée dans la poche Vassilissa la Sage

Chapitre 3 Découvrir les faits au flair: le rétablissement de l'intuition en tant qu'initiation : 

La poupée dans la poche Vassilissa la Sage

1 Permettre à la toute bonne mère de mourir

Il était une fois et une fois il n'était pas une jeune mère qui gisait sur son lit de mort, le visage aussi pâle que es roses de cire blanche dans la sacristie de  l'église proche. Sa petite fille et son mari étaient assss au bout de son vieux lit de bois et priaient Dieu qu'il la conduise en toute sécurité vers l'autre monde.

La mère mourante appela Vassilissa, et la petite fille aux ottes rouges et au tablier blanc vint s'agenouiller auprès de sa mère.

-Voici pour toi une poupée, mon amour, murmura la mère.

Du dessus-de-lit en laine, elle tira une poupée minuscule, vêtue comme Vassilissa de bottes rouges,d 'un tablier blanc, d'une jupe noire et d'une veste brodée de fis de couleurs.

-Ce sont mes dernières paroles mon aimée, dit la mère. Si tu perds ton chemin ou si tu as besoin d'aide, demande ce que tu dois faire à cette poupée. Tu seras assistée. Garde toujours la poupée avec toi. ?'e, parle à personne. ? Nourris-là si elle a faim!; Elle te vient de ma mère, c'est ma bénédiction ma chère enfant;

Sur ces mots, le souffle de la mère alla dans les profondeurs de son corps chercher son âme et lui fait franchir ses lèvres, elles était mort.

 

2 Mettre à nu l'ombre brute

L'enfant et son père la pleurèrent très longtemps. Puis tel un champ cruellement labouré par la guerre dont reverdissent les sillons, la vie du père connu le renouveau. Il épousa une veuve avec deux filles. La belle-mère et ses filles avaient beau parler poliment et sourire comme de nobles dames, leur sourire était celui d'un rongeur. Et le père de Vassilissa ne s'en aperçut pas.

Lorsque les trois femmes étaient seules avec Vassilissa elles la tourmentaient, l'obligeaient à les servir, l'envoyer couper du bois jusqu'à ce que sa jolie  peau en soit toute abîmée!; Elles la haïssaient, car il y avait en elle une douceur qui appartenait à un autre monde!; De plus elle était très belle. Ses seins étaient épanouis, tandis que les leurs s'étiolaient. Elle  se montrait serviable et ne se plaignit jamais, tandis que la marâtre et ses filles se comportaient entre elles comme font les rats, la nuit parmi les immondices.

Un jour elles en eurent assez de Vassilissa.

-Faisons en sorte que le feu s'éteigne, puis envoyons Vassilissa dans la forêt demander du feu pour notre foyer à Baba Yaga, la sorcière!; Quand elle sera devant la Yaga, la vieille la tuera et la mangera!; Et elles de battre des mains et de couiner, exactement comme ces bêtes qui vivent dans l'obscurité.

Ce soir-là donc, lorsque Vassilissa rentra après avoir ramassé du bois, la maison était plongée dans l'obscurité.

Ce soir-là donc, lorsque Vassilissa rentra après avoir ramassé du bois, la maison était plongée dans l'obscurité!; Très ennuyée, Vassilissa demande à à sa belle-mère:

-Que s'es-il passé? Comment allons-nous préparer le repas? Avec quoi allons-nous nous éclairer?

La marâtre la tança: 

- Petites idiote! TU vois bien que nous n'avons plus de feu!. Et je ne peux aller dans les bois parce que je suis vielle. Quant à mes filles, elles , elle ne peuvent  pas non plus parce qu'elles ont peur. Tu es donc la seule capable à être capable d'aller dans la forêt trouver Baba Yaga et lui demander de la braise afin que notre feu puisse repartir.

-Très bien, répondit innocemment Vassilissa c'est ce que je vais faire;

 

 

3 Naviguer dans l'obscurité

Elle s'en fut donc. Les bois s'assombrissaient et sous se pieds des brindilles craquaient, ce qui a remplissait de terreur. Elle plongea la main dans la poche de son tablier et trouva la poupée que lui avait donné sa mère sur son lit de mort. Vassilissa tapota la poupée dans sa poche "Rien que de toucher cette poupée, je me sens mieux", se dit-elle. A chaque bifurcation du chemin, Vassilissa mettait la main dans sa proche e consultait la poupée. -Dois-je aller à gauche ou dois-je aller à droite, La poupée indique 'Oui" ou "Non" ou bien "Par ici" ou encore "Par là". Vassilissa lui donna un peu de son pain et se laissa guider par ce qui émanait d'elle.

Soudain un homme vêtu de blanc, monté sur un cheval blanc passa au galop e le jour pointage. Un peu plus loin, un homme vêtu de rouge passa au petit trot et le soleil se leva. Vassilissa marcha encore et encore et, au moment où elle atteignait l'antre de Baba Yaga arriva un cavaler vêtu de noir, monté sur un cheval noir, qui entra au petit trop dans la cabane; La nui tomba!; La barrière formée d'os et de crâne qui entouraient la cabane se mit à flamboyer, éclairée par un feu intérieur, de sorte que là, dans ma forêt, la  clairière rougeoyait d'une lumière surnaturelle.

4 Faire face à la vieille sorcière sauvage

La Baba Yaga était une créature absolument terrifiante. Elle se déplaçait non pas dans un chariot ou un carrosse, mais dans un chaudron en forme de mortier qui avançait tout seul dans les airs. Elles dirigeait ce véhicule grâce à un aviron semblable à un pilon, tout en balayant les traces de son passage au moyen d'un balai fait avec des chevelures de mort.

Et le chaudron fendait le ciel, les cheveux ggras de Baba Yaga volant au vent. Son long menton se recourbait vers le haut, son long nez se recourbait vers le bas et ils se rencontraient au milieu. Elle avait un petit bout blanc et des verrues sur la peau à force de manipuler des crapauds. Ses doigts tachés de brun étaient épais, annelés comme u toit de tuiles et si incurvés qu'elle ne pouvait fermer le poing.

La maison de Baba Yaga était plus étrange encore. Elle était juchée sur d'immenses pattes de poulet jaunes et se baladait toute seule, quand elle ne tournait pas sur elle-même comme une danseur en transe. Les poignées des portes et des volets étaient faites de doigts et d'orteils humais et la serrure de la porte d'entrée étaient un groin aux nombreuses dents acérées.

Vassilissa consulta sa poupée et demanda: -Est-ce là la maison que nous cherchons? Et la poupée répondit à sa manière: -Oui c'est bien ce que tu cherches.

Avant que Vassilissa n'ait fait u pas de plus, Baba Yaga fondit sur elle avec son chaudron en hurlant: -Qu'est-ce que tu veux? La jeune fille trembla. -Grand-mère, je viens chercher du jeu. Ma maison est toute froide... les miens vont mourir... j'ai besoin de feu.

Baba Yaga dit d'une voix cassante: -Ah oui je te connais e je connais les tiens. Eh bien bien inutiles enfants tu as laissé le feu s'éteindre. C'est bien mal avisée. Par-dessus le marché, pourquoi crois-tu que je vais te donner la flamme?

Vassilissa consulta sa poupée et se gâta de répondre: -Parce que je te le demande.

Baba Yaga ronronna: -Tu as de la chance c'est la bonne réponse.

Et Vassilissa se sentit très chanceuse d'avoir fourni la bonne réponse. 

Baba Yaga menaça:

-Il m'est impossible de te donner du feu tant que tu n'as pas travaillé pour moi! Si tu accomplis ces tâches pour moi. Si tu accomplis ces tâches pour moi tu auras le feu. Sinon...

Et Vassilissa vit les yeux de Baba Yaga se changer en braises rougeoyantes: -Sinon mon enfant tu mourra. 

5 Servir le non rationnel

Baba Yaga alla dans son antre en grommelant. Elle s'allongea sur son lit et demanda à Vassilissa de lui apporter ce qui mijotait dans le four. Dans le four, il  y avait assez pour nourrir dix personnes et la Yaga mangea tout, ne laissant à Vassilissa qu'une minuscule croûte et un dé à coudre de potage.

-Lave mes vêtements, balaye la cour et nettoie la maison, prépare ma nourriture, sépare le froment attaqué par la rouille du bon blé et veille à ce que tout soit en ordre. Je reviendrai bientôt pour vérifier ton travail. S'il n'est pas fait, tu me serviras de festin.

Là-dessus, Baba Yaga s'envola sur son chaudron et la nuit toma de nouveau.

Dès qu'elle eut disparu, Vassilissa se tourna vers la poupée. -Que dois-je faire? Vais-je pouvoir accomplir ces tâches dan les temps?

La poupée l'assura qu'elle le pourrait et lui dit de manger un peu et d'aller dormir. Vassilissa donna aussi un peu à manger à la poupée et s'endormit.

Au matin, la poupe avait fait tout le travail. Il ne restait plus qu'à préparer le repas. Lorsque le soir, Baba Yaga rentra, tout était terminé. Satisfaite du tout parce qu'elle ne découvrait aucune faute, elle lança: tu as beaucoup de chance, ma fille.

Elle appela lors ses fidèles servantes pour moudre le grain. Trois paires de mains apparurent dans les airs et se mirent à la tâche. La balle volai dans la maison comme une neige d'or. Lorsque ce fut fait, Baba Yaga se mit à table. Elle mangea durant des heures et, le lendemain ordonna à Vassilissa de nettoyer à nouveau la maison, de balayer la cour et de laver ses vêtements.

 

6 Séparer ceci de cela

La Yaga désigna un énorme monticule de terre dans la cour. 

-Il y a là de nombreuses graines de pavot, des millions de graines de pavot. Je veux que demain matin il y ait une pile de graines de pavot et un monticule de terre, bien distinct l'un de l'autre. Compris?

Vassilissa manqua s'évanouir. -Ciel, comment vais-je faire cela?

Elle glissa la main dans sa poche et la poupée murmura: -Ne t'inquiète pas, je m'en occupe;

Cette nuit-là Baba Yaga se mit à ronfler et Vassilissa essaya... de trier... es graines de pavot... Au bout d'un moment la poupée lui dit: -Va dormir tout ira bien.

De nouveau la poupée se mit au travail et quand la vieille femme revint à la maison il ne restait plus rien à faire.

-Bien, bien! s'exclama Baba Yaga d'une voix sarcastique ue chance que tu aies pu en venir à bout!

Elle appela ses fidèles servantes pour qu'elles pressent les graines de pavot et en extraient l'huile. A nouveau, trois paires de mains firent leur apparition et se mirent au travail.

Cependant que Baba Yaga se barbouillait les lèvres de graisse en mangeant son ragoût, Vassilissa se tenait non loin d'elle.

7  Interroger les mystères

-Eh bien, que regardes-tu ainsi? aboya Baba Yaga.

-Puis-je vous poser quelques questions, Grand-Mère?

-Pose, répondit Baba Yaga, mais rappelle-toi, en savoir trop peut faire vieillir prématurément.

Vassilissa interrogea Baba Yaga sur l'homme blanc sur son cheval blanc.

-Ah dit Baba Yaga d'une voix chaleureuse, celui-ci, le premier c'est mon Jour;

-Et l'homme rouge sur le cheval rouge?

-Ah, c'est mon Soleil levant.

-Et l'homme noir sur le cheval noir?

-Ah oui, c'est le troisième, c'est ma Nuit.

-Continue, continue mon enfant, susurra la Yaga.

Vassilissa allait l'interroger sur les paires de mais qui apparaissaient et disparaissaient, mais la poupée se mit à s'agiter dans sa poche. Au lieu de quoi Vassilissa dit alors: -Non, Grand-Mère comme vous le dites,e n savoir trop peut faire vieillir prématurément.

-Ah, dit la Yaga en penchant la tête tel un oiseau tu es bien sage pour ton âge, ma fille et comment ne es-tu arrivée là?

-Grâce à la bénédiction de ma mère.

8 Se tenir à quatre pattes

-La bénédiction! grinça Baba Yaga. La bénédiction! Nous n'avons pas besoin de bénédiction dans cette maison! Tu ferais mieux de filer mon enfant.

Elle pourra Vassilisa dehors, dans la nuit.

-Je vais te dire ma fille. Tiens! Baba Yaga prit à sa barrière un crâne aux yeux ardents et le plaça sur un bâton. Tiens: Emporte ce crâne chez toi au bout d'un bâton. Voilà, c'est ton feu. Ne prononce pas un mot de plus. File.

Vassilissa commença à remercier la Yaga, mais la poupée se mi à s'agiter dans sa poche et Vassilissa se rendit compte qu'elle devait prendre le crâne et s'en aller. Elle courut jusque chez elle à travers la forêt obscure, suivant les méandres du chemin selon les indications de la poupée; Vassilissa traversait la forêt, portant le crâne, avec le feu qui jaillissait des trous à l'endroit de ses oreilles, de ses yeux, de son nez et de sa bouche. Soudain, elle eut peur de son poids et de sa lumière surnaturelle et eut envie de le jeter au loin. Mais le crâne lui adressa la parole. Il lui enjoignit de se calmer et de continuer à marcher vers la demeure de sa belle-mère et de ses filles. Ce qu'elle fit.

9  Reprojeter l'Ombre

Tandis que Vassiliss approchait de la maison, la belle-mère et ses filles se mirent à l fenêtre et virent une étrange lumière qui dansait dans le bois et approchait de plus en plus; Elles ne parvenaient pas à s'imaginer ce que c'était. Elles avaient décidé, à la suite de la longue absence de Vassilissa, que celle-ci était morte maintenant, que les animaux avaient éparpillé ses os et bon débarras! Vassilissa se rapprochait de plus en plus. Lorsque la belle-mère et ses filles la virent, elles se précipitèrent sur elle, disant qu'elles étaient demeurées sans feu depuis sont départ et qu'elles avaient eu beau tout faire pour essayer d'en allumer un, il s'éteignait toujours.

Vassilissa entra dans la maison avec un sentiment de triomphe, car elle avait survécu à son dangereux voyage et rapporté le feu; Mais le crâne fixa son regard incandescent sur la marâtre et ses filles, et ne les quitta plus des yeux si bien qu'au matin il avait réduit le cruel trio en cendre.